Festival de Cannes · Depuis l'édition 2005
Le guide de survie du Festival de Cannes
Le festival vu de l'intérieur, sans filtre : les conseils qu'on ne vous donne pas, les bons plans, les rencontres improbables et les nuits qui ne finissent pas.
Le manifeste
Je vais au Festival de Cannes chaque année depuis 2005. La première fois, j'y suis allé avec ma mère, depuis Angers, sans rien comprendre aux codes. J'ai mis des années à les décrypter.
En 2014, j'ai créé Inside Cannes pour transmettre ce que j'aurais voulu savoir dès le premier jour : comment monter les marches, où dormir, comment se faire inviter, et ce qui se passe vraiment quand les projecteurs se baissent.
Je n'ai fait aucun film. Je ne suis ni journaliste ni acteur, et le Festival ne m'a jamais accrédité comme presse. Ce site raconte ce que j'y ai vu depuis le trottoir : du terrain, du vécu et des histoires.
L'histoire d'Inside
Inside Cannes n'est pas né d'un plan. Il est né d'un regret, celui de ne pas avoir de caméra pendant douze nuits un peu folles. Voici le récit, année après année.
En 2005, je vis à Angers. Un jour, ma mère me dit : « On va à Cannes. » Ce n'est pas une proposition, c'est une annonce. Je prends quinze jours de congés. Je ne connais personne là-bas, et il n'existe ni YouTube ni Facebook pour m'expliquer comment ça marche. Je n'ai que ma mère et l'envie d'y être.
Nous louons un studio en mezzanine, en bas du Suquet, chez une Cannoise typique, sandales à talons et verbe haut. Je m'habille tout en blanc, et c'est cheap : chaussures de chez Zara, pantalon blanc, cheveux gominés en arrière. Je voudrais ressembler à Pacino dans Le Parrain 2. J'ai plutôt l'air d'un acteur américain des années cinquante sur le retour,.
Et pourtant, nous nous retrouvons dans des soirées privées. Sans accréditation, je me retrouve sur le ponton du Majestic, tout en blanc. Il y a le petit club du Carlton, les plages privées, le champagne qui coule à flot, les petits fours, les rencontres. Je n'avais jamais vécu ça de ma vie. Un soir, je découvre Nikki Beach, à ciel ouvert, avec une énergie folle.
Je viens de lire des biographies de Marlon Brando, ce qui n'arrange rien. Je vois le Festival comme un temple du glamour et du show-off, et je me dis que moi aussi, un jour, je monterai ces marches. Je me vois acteur.
Le champ des possibles, c'est à Cannes que je l'ai vu s'ouvrir pour la première fois.
Les années qui suivent se ressemblent un peu, et c'est ce qui les rend précieuses. Nous trouvons parfois un logement à La Bocca, à la lisière de la ville. Cannes est pleine de clubbers et de fêtards, avec des voitures de luxe plein la Croisette. C'est le glamour et le show-off, mais avec de l'insouciance. On fait le pied de grue devant le Carlton pour attendre les stars, et on peut rester dans les halls toute la nuit : les gens sont détendus.
En 2007, je crois que je monte les marches pour la première fois. En 2009, je vois la différence : la crise de 2008 est passée par là, les budgets se resserrent, la récré est finie.
En 2012, j'obtiens une accréditation de producteur. Je me rends au bureau des producteurs, je demande le nombre d'invitations que je veux et on me tend des tickets bleus. Mon amie, elle, n'a aucune accréditation et monte les marches tous les jours. Aujourd'hui, c'est fini : il faut le badge, et il faut s'y prendre à l'avance.
Mai 2013. Un ami m'appelle en dernière minute, sans prévenir : il débarque le soir même à Cannes avec un copain. Ils n'ont rien à voir avec le cinéma, comme la bonne moitié des festivaliers d'ailleurs. À la nuit tombée, en smoking et en chaussures vernies italiennes, nous poussons les portes du Carlton, du Majestic, du Martinez.
Douze nuits de délire. C'est aussi l'année du concert de Joey Starr à la Villa Schweppes.
Un seul regret : personne pour nous filmer. Au retour, nous nous disons qu'il faut créer Inside Cannes.
Dès le début de 2014, nous nous retrouvons dans des hôtels de la porte Maillot et de Lafayette pour dessiner notre Cannes. Nous sommes nuls : nous ne savons ni filmer ni monter, nous n'avons ni production ni chaîne de télévision derrière nous. Nous avons des idées et l'envie de les montrer. Notre mantra : « la fougue du bélier ». On fonce sans tergiverser.
D'habitude, c'est le réalisateur qui cherche des acteurs. Nous renversons les choses : nous organisons un casting de réalisateur. Nous passons une annonce sur les sites de petites annonces et sur des forums : on cherche quelqu'un pour nous suivre au Festival, filmer les coulisses, en immersion, non rémunéré mais défrayé. Je pensais que les gens nous prendraient de haut. Ça a cartonné. Le jour J, une vingtaine de personnes font la queue dans la rue et montent un à un l'escalier en bois. L'après-midi y passe.
Nous en retenons deux. À Cannes, ça se passe mal. Ils attendent des consignes que nous ne donnons pas, et le feeling ne passe pas. Nous voulions un court métrage en immersion, façon REC, à la première personne. Je sens le fiasco dès le premier jour. Nous avons le matériel, des caméras, des enregistreurs Zoom, des câbles XLR. Nous ne savons pas quoi en faire.
C'est là que je croise un copain qui doit tourner des vidéos pour Konbini et n'a pas de matériel. Moi, j'ai le matériel mais pas les artistes. Nous travaillons ensemble : il m'apporte des artistes, on filme pour lui, puis pour moi. C'est comme ça que naît Inside Cannes, du court métrage bancal à des interviews postées sur YouTube.
Il y a Nekfeu, quelques jours avant la sortie de son album Jeunes entrepreneurs. Il y a le cascadeur Rémy Julienne. Certaines interviews dépassent vite les cent cinquante mille vues. Cette année-là, nous devenons partenaires de la plage du Gray d'Albion, qui dépend du Majestic.
En 2015, mes amis ne reviennent pas. Inside Cannes devient partenaire média d'un village installé dans les jardins du Grand Hôtel, avec des sponsors. En 2016, plus de lieu partenaire : je fais mes interviews sur une terrasse. J'en réalise une trentaine en tout, dont plusieurs se perdent. Un cameraman que je payais perd les fichiers. Il n'y a rien de pire, surtout quand la personne en face vous a fait confiance.
Dans une interview de ce temps-là, on me demande pourquoi j'ai créé Inside Cannes. Je réponds que je veux une liberté de ton totale, ne pas être sous la coupe d'un média mainstream avec un cahier des charges.
J'en ai assez des interviews. Je passe aux vlogs, que je ne sais toujours pas monter. Je paie des monteurs à distance, par PayPal, des gens que je ne connais pas. Les fichiers sont lourds, ils ne passent pas, il y a des allers-retours. Entre deux festivals, j'apprends à monter moi-même.
En 2017, c'est mon treizième Festival et je n'ai même pas d'accréditation. Je vis cette année-là à Cannes pour mon travail, et je me dis dissident. Je tourne un vlog par jour, douze jours non-stop, avec un Canon 5D Mark IV. Mes vidéos font deux cents, quatre cents vues. Ce sont des cartes de visite.
Le premier jour, je répare mon smoking et mon pantalon avant de sortir. À la clôture, je ne suis pas invité au Majestic. Je finis sur la plage Magnum, puis à un barbecue du côté de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Je refuse de jouer à l'influenceur. Je dis à la caméra que Cannes est le paradis des pique-assiettes.
Je ne cherche pas à faire des épisodes complaisants. Je veux casser un peu les codes : ce n'est pas un truc people, ce n'est pas sur les paillettes. Au départ, je voulais jouer dans des films, et là je me fais mes propres films. Je n'ai jamais eu d'agent ni de piston, et je n'aime pas la posture d'attente.
Si tu attends que tout soit parfait, tu n'es jamais lancé.
En 2018, je paie moi-même mon accréditation Marché du Film : 450 euros TTC, tarif last minute. Le Festival ne m'a jamais accrédité comme presse. Je suis un média dissident. Un ami me signale un plan : on cherche quelqu'un pour monter, au dernier moment, la montée des marches du soir d'ouverture. Je travaille de 13 h à 20 h dans un appartement qui donne sur le tapis rouge, avec des disques durs dans tous les sens. Je gagne environ 420 euros. Ça m'a payé l'accréditation.
Le 23 mai, France 3 me consacre un portrait : « Alexandre, le conquérant à l'assaut du festival ». Le journaliste ajoute que tourner sans accréditation presse relève de l'exploit et que j'ai fait de ma spécialité d'ouvrir des portes fermées.
Cette même année, je lance une nouvelle version d'Inside Cannes pour les jeunes qui viennent pour la première ou la deuxième fois. Ce que j'aurais voulu avoir à mon premier Festival, en 2005 : des bons plans, des tutos, des réponses. Naît alors le Pass 3 jours, un accès à certaines projections pour les 18-28 ans, sur lettre de motivation.
Je me retrouve à guider les lauréats. Ils ont préparé leur séjour en regardant mes vidéos de 2017. Ils pensaient Cannes fermé, un cercle Saint-Tropez Monaco, du showbiz. Sur place, ils trouvent que c'est accessible, mais que c'est un autre monde, une bulle. L'un d'eux me dit qu'il ne serait pas entré dans toutes ces soirées sans moi.
En 2019, je ne produis presque rien. J'ai fait le tour. Dans un podcast, je dis que mon média ne passe ni par les agents ni par les managers : nous venons de rien du tout, sans connexions ni piston. Nous avons des rêves et du culot. Pour entrer aux soirées Tarantino ou Givenchy, je n'avais même pas de badge, juste des lunettes de soleil.
Le culot autour du cou, c'est le plus beau des sésames.
Mai 2020. Le Festival est annulé, le confinement est là. Pour la première fois depuis quinze ans, je n'irai pas à Cannes : j'y étais allé quatorze fois de suite. Je crée des formations sur les parkings et je lance un podcast par jour, à huit heures du matin. C'est là que je me mets à recréer.
En 2021, le Festival se tient en juillet. Il fait chaud, le smoking est lourd, les gens sont déjà en vacances et l'ambiance est plus relâchée. Je compare Cannes à une pelote de laine : vous tirez un fil, une personne vous présente quelqu'un d'autre, et le fil vous en amène un troisième. Cette année-là, une lauréate du Pass 3 jours filme ses trois jours pour Inside Cannes : 1 h 43 de vidéo, du réveil à huit heures jusqu'aux films vus la nuit.
Inside Cannes, c'est aujourd'hui 88 vidéos, une chaîne YouTube suivie par plus de 2 700 abonnés, et une communauté de festivaliers qui préparent leur séjour avec les conseils d'un habitué sans badge de presse. C'est aussi, bientôt, un livre. Les anecdotes que je raconte depuis vingt ans sont en train de devenir des chapitres.
En mai 2027, le Festival fêtera sa quatre-vingtième édition. Inside y sera.
Le guide
Les réponses aux questions que tout festivalier se pose avant de partir.
Où loger, où manger, où se montrer. Sans se ruiner.
Le Festival de l'intérieur, filmé caméra à la main, au fil des jours.
Des rencontres au cœur de la Croisette, de l'inconnu au talent confirmé.
Une édition racontée épisode après épisode, du premier verre à la dernière nuit.
Le mode d'emploi
Aucune théorie ici. Ce sont des leçons de trottoir, apprises à force de se tromper de chaussures.
C'est trop cher, et c'est épuisant. Trois jours suffisent pour comprendre comment le Festival fonctionne. Vous rencontrerez du monde sur les plages, dans les bars, dans les groupes Facebook, et vous reviendrez avec une vraie idée de ce que vous voulez y faire.
Je l'ai eue la moitié du temps, et ça ne m'a jamais empêché d'y aller. Elle crédibilise, surtout face aux palaces qui la vérifient, mais elle n'ouvre pas les soirées, qui se font sur invitation. Ce qui ouvre les portes, c'est le contact humain.
La première année, on dort à vingt minutes à pied du Palais. L'année suivante, à quinze. Puis à cinq. Cette progression se mérite : on connaît un peu plus de monde à chaque édition.
Cannes ressemble à une pelote de laine. Une personne vous présente quelqu'un, qui vous présente quelqu'un d'autre. Pendant douze jours, la ville concentre des gens de qualité, comme une essence. Votre seule mission consiste à saisir la première perche et à la suivre.
Personne ne devient un habitué en un jour. La patience est une vertu qui se perd, et c'est justement pour ça qu'elle marche : les gens qui reviennent chaque année finissent par être reconnus.
Je le dis dans l'une de mes dernières interviews de 2019 : on ne regrette pas ce qu'on a osé, mais ce qu'on n'a pas osé. Le culot autour du cou reste le plus beau des sésames.
Palmarès
De ma première montée des marches à aujourd'hui, voici les films qui ont décroché la plus haute récompense du Festival. Ils servent aussi de base au quiz plus bas.
| Année | Film | Réalisateur |
|---|---|---|
| 2005 | L'Enfant | Jean-Pierre et Luc Dardenne |
| 2006 | Le vent se lève | Ken Loach |
| 2007 | 4 mois, 3 semaines, 2 jours | Cristian Mungiu |
| 2008 | Entre les murs | Laurent Cantet |
| 2009 | Le Ruban blanc | Michael Haneke |
| 2010 | Oncle Boonmee | Apichatpong Weerasethakul |
| 2011 | The Tree of Life | Terrence Malick |
| 2012 | Amour | Michael Haneke |
| 2013 | La Vie d'Adèle | Abdellatif Kechiche |
| 2014 | Winter Sleep | Nuri Bilge Ceylan |
| 2015 | Dheepan | Jacques Audiard |
| 2016 | Moi, Daniel Blake | Ken Loach |
| 2017 | The Square | Ruben Östlund |
| 2018 | Une affaire de famille | Hirokazu Kore-eda |
| 2019 | Parasite | Bong Joon-ho |
| 2020 | Festival annulé | Covid-19 |
| 2021 | Titane | Julia Ducournau |
| 2022 | Sans filtre | Ruben Östlund |
| 2023 | Anatomie d'une chute | Justine Triet |
| 2024 | Anora | Sean Baker |
| 2025 | Un simple accident | Jafar Panahi |
| 2026 | Fjord | Cristian Mungiu |
Palmarès du 79e Festival, présidé par Park Chan-wook, annoncé le 23 mai 2026. Prochain rendez-vous : 80e édition, du 11 au 22 mai 2027.
À voir
De 2014 à 2016, des interviews. À partir de 2017, des vlogs en immersion. Et depuis 2018, la parole donnée aux festivaliers du Pass 3 jours.
Les livres
Écrire est ma façon de garder une trace de ce que j'ai vécu. Un livre sortira au printemps 2027, un autre est en préparation. Il porte le nom de ce site.
À paraître · Printemps 2027
Un livre sortira au printemps 2027. Il est plus intime que les précédents : j'y raconte mon histoire. Le titre et la couverture seront dévoilés plus tard. Je préfère garder un peu de mystère jusque-là.
Pour être prévenu de la sortie, le plus simple est de rejoindre la communauté Inside, en bas de cette page.
En préparation
Depuis 2017, je me promets d'écrire un livre sur Cannes, « un truc un peu humoristique ». Je le dis à la caméra, au dernier jour d'un vlog, puis je n'y pense plus. Quatre ans plus tard, en plein confinement, je répète que je vais « certainement » le faire. Cette fois, je m'y mets.
Le livre rassemble vingt années de Festival, de 2005 à aujourd'hui : mes premières soirées tout en blanc, la naissance d'Inside Cannes, les interviews, les années de vlogs, l'année où le Festival s'est arrêté, et la question qu'on me pose à chaque édition : est-ce que c'était mieux avant ?
Il contient aussi des portraits, ceux que j'ai mis devant la caméra : un rappeur avant son succès, un cascadeur, un fondateur de magazine, un comédien qui a rencontré son réalisateur dans une file d'attente.
Le jeu
Dix-huit questions sur le Festival, les Palmes d'or et l'histoire d'Inside. Chaque bonne réponse est expliquée. Combien de marches gravirez-vous ?
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